[Tribune] Retrouvez la tribune d’Aurane Reihanian publiée dans le Figaro, Quand la prolongation de l’état d’urgence cache la faiblesse de l’Etat

Retrouvez la tribune d’Aurane Reihanian, Président du LAB LR, publiée dans le Figaro.

FIGAROVOX/TRIBUNE – Les députés ont voté dans la nuit de mardi à mercredi une cinquième prolongation de l’état d’urgence. Pour Aurane Reihanian, cet état juridique exceptionnel masque l’impuissance de l’Etat, en particulier face au terrorisme.


Aurane Reihanian est doctorant en Droit et président du think tank «Le LaB LR».


Les prolongations de l’état d’urgence passent et se ressemblent tant. Discours martial, parole forte, déclaration saillante. Mais ce ne sont que des mots. Tout comme les spectacles émotifs auxquels nous ont habitués nos représentants donnant un caractère quasi symbolique et presque irréel aux attaques et à la menace que nous subissons. Notre pays est aujourd’hui le plus meurtri de toutes les démocraties occidentales. La France porte bel et bien le deuil avec son cortège de familles brisées.

La énième prorogation de l’état d’urgence ne suffira pas à cacher la faiblesse de l’Etat dans la lutte contre le terrorisme et la désintégration d’une justice n’ayant plus les moyens de ses ambitions.

L’état d’urgence avec François Hollande est synonyme d’«il est interdit d’interdire».

En réalité, l’état d’urgence avec François Hollande est synonyme d’«il est interdit d’interdire». L’autorité de l’Etat n’aura jamais autant été mise à mal que sous ce statut exceptionnel de l’état d’urgence. Malgré les multiples prolongations, s’est installée une généralisation du chaos sur le territoire de la république en parfaite contradiction avec ses propres fondements: manifestants anarchistes agressant les forces de l’ordre en toute impunité, casseurs gauchistes attaquant l’hôpital Necker, bobos de nuit debout occupant la place de la république un pétard à la main sans ne jamais risquer l’arrestation etc.

Moins d’une dizaine de salles de prières salafistes ont été fermées sur une centaine.

Le bilan de l’état d’urgence est bien maigre. Le rapport parlementaire relatif aux moyens mis en place par l’Etat pour lutter contre le terrorisme présidé par le Député Georges Fenech suffit à s’en convaincre. Moins d’une dizaine de salles de prières salafistes ont été fermées sur une centaine. Seulement une quinzaine de prêcheurs extrémistes ont été expulsés laissant les réseaux intégristes prospérer à l’ombre des mosquées. Sur l’ensemble des poursuites, seules 31 qualifications d’actes de terrorisme dont 6 ont donné lieu à des procédures judiciaires pour le chef d’accusation d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Notre justice témoigne de l’affaissement de notre État de droit et de la déchéance de l’État régalien.

De plus, notre justice subit une lente décomposition. Elle témoigne de l’affaissement de notre État de droit et de la déchéance de l’État régalien. Si bien qu’elle permet de libérer un prisonnier pour défaut d’encre dans un fax. Entre 80.000 et 100.000 peines de prison ferme sont actuellement «en attente d’exécution». Nos juridictions sont engorgées et le délai moyen d’une procédure judiciaire à l’encontre d’un délinquant mineur atteint près de 18 mois. Et pour cause, la France est l’un des pays européens qui consacrent le plus faible budget à ses services judiciaires.

À la question de savoir si le gouvernement a pris toutes les mesures pour lutter efficacement contre la menace terroriste, la réponse est non. Or, nous ne pouvons plus faire l’économie de mesures de bon sens. Nous ne pouvons plus nous embarrasser d’arguties juridico-moralisatrices. Notre démocratie est attaquée: elle doit se défendre. Sa riposte doit être à la hauteur de l’idéal qu’on lui porte. L’état d’urgence doit être l’occasion de signer le retour de l’Etat.

Nous ne pouvons plus nous embarrasser d’arguties juridico-moralisatrices.

Nous devons procéder à la rétention administrative des individus fichés «S» pour radicalisation avant qu’ils ne passent à l’acte, les djihadistes partis sur les théâtres de guerres syriens ne doivent plus pouvoir revenir, les prêcheurs de haine doivent être expulsés et les mosquées salafistes fermées.

Notre justice doit enfin se réarmer. Des places de prisons doivent être créées, les peines planchers doivent être rétablies, les peines d’emprisonnement doivent être exécutées et les crédits de réduction de peine doivent être supprimés.

Sans juger de la responsabilité de nos représentants, ces observations sont destinées à éclairer l’avenir. François Hollande aura créé d’une main tremblante un état d’urgence de papier. Un énième acte de force qui finit en preuve de faiblesse. C’est un art, peut-être même une marque de fabrique pour le Président de la République: probablement ce qui restera de lui dans l’histoire qu’il aura tenté vainement de bousculer de l’épaule.

 

Aurane Reihanian, Président du LAB LR

Aurane.Reihanian@lelablr.fr

@AuraneReihanian

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