Macron insuffisant sur le volet sécurité

 

MACRON INSUFFISANT SUR LE VOLET SÉCURITÉ

 

La sécurité des Français a été affichée comme une priorité absolue par le Gouvernement, notamment à travers le projet de loi antiterroriste dont l’adoption devrait intervenir dans les prochains mois. Pourtant, la situation opérationnelle des forces de sécurité et les ambiguïtés jupitériennes, entre interventions sporadiques et bienveillance hypocrite, laissent craindre de nouvelles failles dans la protection des populations.

Des tâtonnements préjudiciables à la crédibilité de l’État et à la sécurité des citoyens

L’opération Sentinelle est affaiblie et la réflexion concernant son prolongement ou son remplacement est au point mort

Le Gouvernement a déjà annoncé une réflexion, la remise d’un rapport ainsi qu’un débat sur l’opération Sentinelle. En attendant, les effectifs mobilisés ont discrètement été baissés après l’élection présidentielle pour passer de 10 000 à 7 500 hommes. Les militaires sont mécontents de l’opération sentinelle, qui use hommes et matériels sans permettre une action efficace, même si les soldats patrouillent désormais avec un chargeur engagé dans leurs armes.

 

Des failles persistent dans les échanges entre services policiers et de renseignement

 

Le responsable de la tentative d’attaque des Champs-Élysées le 19 juin – Adama Lofti Djaziri – était fiché S pour radicalisation depuis le 31 août 2015. Pire, il avait fait renouveler son permis de détention d’armes en tant que tireur sportif et s’était offert deux pistolets 9mm et un fusil – il figurait à ce titre dans le fichier Agrippa. Enfin, la perquisition administrative envisagée par la direction générale de la sécurité intérieur DGSI a eu lieu après l’attaque manquée.

 

À Calais, où est passée la « bienveillance » de Macron ?

 

Les migrants et habitants présents sur place décrivent des scènes où la police démantèle les campements clandestins et jette le matériel des migrants. De même, l’État a récemment fait appel contre l’ordonnance d’un juge imposant que l’on fournisse de l’eau aux réfugiés et que les associations ne soient plus interdites de distribution. S’il s’agit d’être ferme, pourquoi s’en cacher ? En attendant mieux, c’est-à-dire en attendant un dispositif global et sécurisé de traitement des migrants en France – en amont par une politique de fermeté aux frontières et en aval par des actions d’intégration – c’est la solidarité sociale et locale qui supporte ce poids. L’Auberge des migrants loue actuellement pour 4 000 euros par mois des hangars situés près du Grand magasin Lidl de Calais, tandis que des habitants tels DomDom et Nana, retraités, ont déjà accueillis plus de 200 migrants pour des douches, nuits et repas.

 

Le débat sur le traitement de l’accueil des migrants doit donc être relancé : un récent rapport du sénateur Roger Karoutchi consacré à L’enseignement du français aux migrants souligne les défauts du système du Contrat d’intégration républicaine prévu par la loi du 7 mars 2016 relative au Droit des étrangers pour remplacer le contrat d’accueil et d’intégration mis en place par Nicolas Sarkozy.

 

Les réponses envisagées sont sans commune mesure avec les enjeux actuels

L’efficacité de la fameuse task force antiterroriste voulue par Macron est imaginaire

La Coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT), placée directement auprès du Président de la République et dirigée par Pierre de Bousquet de Florian (ex-patron DST), vise l’analyse de la menace et de la stratégie de lutte contre le terrorisme et doit permettre d’assurer la coordination des services concernés dans les 24h suivant un événement.

Pourtant, ce projet semble s’être arrêté au stade de l’annonce et la perspective d’une mise en place opérationnelle s’éloigne. L’ennui, en effet, est que la CNRLT ne dispose pas à ce stade des moyens dont elle est censée être dotée. Macron envisageait une centaine de fonctionnaires disponibles, ils ne sont que 18. Enfin, le poids budgétaire de cette structure semble être traité avec amateurisme par le nouveau Gouvernement : bien que dépendant directement du PR, la CNRLT est administrativement rattachée à Matignon via le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale.

La solution de Macron pour protéger nos rues ? Faire renaître la police de proximité… sans pour autant la confier à la police

Avec seulement 8 775 poste de policiers et gendarmes créés sur la période 2012-2017, le renforcement des effectifs des forces de sécurité est une priorité. La proposition du candidat Macron de créer 10 000 postes (7 500 policiers et 2 500 gendarmes) est largement sous-dimensionnée – il conviendrait en effet d’embaucher au moins 20 000 équivalent temps plein – tandis que la création d’une réserve citoyenne, avec quatre ou cinq volontaires par circonscription équipés de chasubles et sans armes pour conduire des missions de médiation et de prévention, est insuffisante pour traiter l’encrassement criminel et fanatique de certaines zones en France.

Si le processus de recentrage de la police sur ses missions régaliennes de maintien de l’ordre public annoncé par le Président de la République peut sembler séduisant, il s’agira cependant d’observer avec attention les conditions, notamment financières, du transfert des compétences de la sécurité routière à des opérateurs privés. En outre, la généralisation des caméras piétons nécessitent une réflexion plus approfondie pour garantir les libertés publiques et une association des collectivités territoriales afin de cibler les besoins réels. Sur ces dossiers, il convient de distinguer fantasmes et avantages réels.

Promouvoir une politique de sécurité plus ambitieuse

Sécuriser l’outil Sentinelle et clarifier la répartition des missions de sécurité sur la voie publique

L’opération Sentinelle est à la croisée des chemins. Il s’agit désormais de clarifier les compétences entre polices, gendarmes et militaires pour améliorer l’efficience de la présence des forces de sécurité sur la voie publique. La création d’un corps d’officier de police judiciaire (OPJ) dans les armées pourrait être une solution efficace en permettant aux militaires habilités de contrôler les identités et de mener des perquisitions.

Les policiers et gendarmes pourraient être uniquement consacrés à la surveillance et à la patrouille sur la voie publique tandis que les militaires seraient responsables de la sécurisation de lieux spécifiques (gares, places, bâtiments publics, aéroports).

Renforcer les moyens des forces de l’ordre

Le renforcement des effectifs des policiers, gendarmes et militaires est essentiel dans un contexte où la menace terroriste demeure et où la France connaît un retour des djihadistes nationaux partis combattre au Moyen-Orient. Une augmentation de l’ordre de 20 à 30 000 postes seraient nécessaires sur les cinq ans à venir. L’objectif serait, à horizon 2030, d’augmenter de l’ordre de 50 à 80 000 les effectifs de police et gendarmerie tant pour améliorer la visibilité dissuasive des forces de l’ordre que pour accompagner l’évolution tendanciellement positive de la démographie française.

D’autre part, les dépenses militaires doivent impérativement être portées à 2% du PIB dès 2020 et la France doit militer activement sur la scène européenne pour que celles-ci soient exclues du solde maastrichtien des 3% de déficit. La France ne peut continuer à être la Sparte de l’Europe sans voir ses efforts reconnus, soutenus et appréciés à leur juste valeur.

Envisager les mutations du maintien de l’ordre

 

La sécurité doit aujourd’hui s’appréhender autour de trois piliers :

 

  • en premier lieu, un pilier de missions de contraventionnalisation, qui vise à réprimer rapidement et sur un mode financier les écarts de comportements des individus portant atteinte au consensus social. Certaines de ses activités qui renvoient aux « polices administratives spéciales » (sécurité routière, stationnement, pêche & chasse, immeubles menaçant ruine, funérailles & cimetières, animaux dangereux etc.) pourraient faire l’objet d’un transfert à des organismes aux statuts juridiques avec une pluralité d’acteurs afin d’en améliorer l’efficacité et d’en réduire les contraintes tant pour l’administration que pour les administrés ;

 

  • en second lieu, la catégorie des missions de renseignement et d’investigation, qui permet aux services de déployer des techniques pour rechercher les auteurs des infractions. Ce volet requiert de l’attention et des moyens financiers car il doit permettre à l’État d’intégrer les mutations numériques et digitales dans l’appréhension des atteintes à l’intégrité des personnes ou de l’ordre public. Agir sur le segment du renseignement policier et de la cyber securité est, en outre, essentiel pour garantir l’indépendance de la France à l’égard des grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie) qui sont d’ores et déjà très actives sur le sujet. La Chine investit 30 Mds€/an dans l’intelligence artificielle, les États-Unis 20 Mds€ et l’Europe 4 Mds€ ;

 

  • en troisième lieu, les missions de prévention, de réaction et de traitement coercitifs. Sur le volet répressif, il s’agit de poursuivre la montée en compétences des personnels de sécurité, notamment sur les combats urbains et la lutte contre le grand banditisme. Sur le volet préventif, il conviendrait d’envisager une complémentarité entre sécurité publique et privée et le cadre juridique de la sécurité d’ordre privé pourrait être renforcé : il s’agirait de permettre à l’initiative privée de s’intéresser davantage aux conditions économiques de la sécurité des personnes et des biens, sans pour autant toucher aux prérogatives de puissance publique que l’État ne peut transférer. Enfin, la prison doit être un lieu renforcé et sanctuarisé. La création de places de prisons supplémentaires et l’amélioration des conditions de détention sont aussi importantes qu’une meilleure structuration des services pour répondre aux mutations de la délinquance et de la radicalisation.

Les débuts du Président Macron sur la sécurité semblent confirmer les doutes sur sa maîtrise des dossiers et des enjeux qui s’étaient exprimés au moment de la campagne présidentielle. Pourtant, face aux insuffisances et absences de choix clair, de nouvelles et ambitieuses perspectives peuvent être envisagées pour renforcer la sécurité en France, compte tenu des atouts humains et techniques dont notre pays dispose déjà.

 

 

Victor Gabriel

Contributeur du LAB LR

Contact@lelablr.fr

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