Faire de l’éducation une priorité pour la droite

Faire de l’éducation une priorité pour la droite

 

Le diagnostic sur le système scolaire français est accablant : son classement PISA[1] est médiocre (20% d’une classe d’âge ne maîtrise plus le français), son rôle « d’ascenseur social » est battu en brèche par son caractère inégalitaire, tandis que s’y généralise un sentiment de délitement de l’autorité et des valeurs. La droite doit structurer un discours et une vision transformateurs : au-delà de modulations paramétriques par ailleurs utiles, c’est l’éducation telle que nous la concevons depuis les années 1980 qui est à revoir.

 

  • Notre système éducatif actuel repose sur la prémisse selon laquelle l’enfant constitue son propre savoir de façon autonome[2]. Ce courant pédagogiste s’est largement diffusé à la faveur de la création des IUFM.[3] Elle a notamment pour conséquence logique le refus de toute sélection des enfants « au mérite » et de toute différenciation des parcours. Il en résulte la généralisation de stratégies d’évitement social bénéficiant aux insiders d’un système devenu opaque aux parents non-initiés. Ainsi, près de 40% des élèves issus d’un milieu défavorisé sont en difficulté (contre 5% parmi les milieux favorisés). Selon l’OCDE, « Le milieu socio-économique explique en France plus de 20 % de la performance obtenue, contre seulement 13 % pour la moyenne des pays de l’OCDE.»

 

  • Le renouveau idéologique que la droite souhaite affirmer doit imposer le thème de l’éducation.
  • Le sujet présente un intérêt politique: la droite doit faire du thème de l’égalité des chances qu’offre une libération de l’école un atout pour réconcilier les classes populaires avec les Républicains.
  • Le sujet présente un intérêt de fond : « il n’est de richesse que d’hommes », mais d’hommes éduqués : l’éducation conditionne l’ensemble des politiques publiques[4].
  • Autour de la libération de l’école, la droite peut faire valoir deux idées structurantes : la responsabilité et le mérite. Responsabilité, pour un clair partage des rôles parents/enseignants, une revalorisation de leur autorité, et un vrai accompagnement à l’orientation des jeunes ; mérite, pour un recentrage sur l’effort individuel de l’enfant et la réaffirmation de la dignité des filières alternatives aux filières générales.

 

  1. Libérer l’institution de l’école

 

  • L’école publique française doit devenir plus autonome sans pour autant que cette autonomie soit perçue comme une forme de démission de l’Etat.
  • Offrir aux établissements une liberté de gestion et d’organisation doit leur permettre de s’adapter à leurs besoins spécifiques via : la fongibilité totale de leurs crédits ; une liberté accrue en matière de valorisation des enseignants (rémunération, formation)[5]et en matière de recrutement du personnel administratif (qui ne serait plus nécessairement fonctionnaire) ; une liberté totale en matière d’organisation des rythmes scolaires et de partenariats avec les acteurs locaux ; et une liberté dans le choix des enseignements, obligatoires ou optionnels, allant au-delà du socle commun.
  • La carte scolaire serait donc assouplie, avec un quota correspondant aux élèves dont la résidence leur ouvre droit à inscription, et un quota d’élèves sélectionnés soit sur mérite et appétences, soit sur demande de dérogation à la carte scolaire (raisons médicales, obligations professionnelles des parents, etc).
  • En contrepartie, l’Etat se concentrerait sur le pilotage de ces établissements sur la base d’indicateurs de performance quantitatifs (réussite à des tests normés de connaissances…) et qualitatifs (innovations dans l’enseignement linguistique…) dont dépendrait une part variable des crédits qui leurs sont affectés. Le recours au big data, coordonné par le ministère, informerait les parents sur leurs performances. Les écoles faillant à ces contrats feront alors l’objet d’une tutelle directe, et temporaire, par l’Etat.

 

  • L’offre de l’école française doit se diversifier afin de faire émerger des projets pédagogiques spécifiques et innovants. Sur le modèle des friskolor suédoises ou des free schools au Royaume-Uni, la France pourrait dynamiser la cohabitation d’établissements publics et d’établissements libres qui, tout en respectant le socle commun de savoirs fondamentaux et de valeurs défini par l’Etat, seraient libres de développer une offre pédagogique moins uniforme[6]. Chaque parent qui le souhaite pourrait ainsi se voir remettre un « chèque éducation » annuel pour chacun de ses enfants, dont la valeur équivaudrait au coût moyen de prise en charge d’un élève dans l’école publique, grâce auquel il aurait la possibilité de confier ses enfants à des écoles libres. Dès 2010, une étude de l’IFOP montrait que 84% des ouvriers (et 73% de la population en général) étaient favorables au remplacement de l’éducation nationale par ce mécanisme. Une mesure plébiscitée par les sympathisants de gauche (85%) comme de droite (80%)[7].

 

  • Enfin, c’est la revalorisation du métier d’enseignant qui doit libérer le système éducatif français de l’anarchie dans lequel il semble se trouver.
  • Cette revalorisation passe par la participation des enseignants aux projets pédagogiques plus autonomes des écoles ; par le renforcement de l’autorité du professeur (port de l’uniforme possible, règlements de conduite sanctionné), par l’engagement contractuel des parents dans le projet pédagogique de l’école, et l’imposition de sanctions pour absentéisme par prélèvement sur prestations familiales.
  • Cette revalorisation passe par le remplacement des directeurs des Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation afin de supprimer l’approche constructiviste et idéologique de ces derniers ; ainsi que par une politique de revalorisation salariale à effectif stable, avec une part variable décidée par l’établissement sur inspection conjointe avec les services de l’Etat.
  • Les économies de structure pourraient concerner les fonctionnaires exerçant des tâches administratives au sein des établissements, notoirement en sureffectifs, ainsi que les rectorats et directions centrales libérés par l’autonomisation des établissements.

 

  1. Libérer le parcours des jeunes

 

  • Le primaire et le collège doit se concentrer sur l’acquisition d’un socle commun de connaissance pour tous les enfants, sanctionné par le brevet.
  • Les fondamentaux que sont la lecture, l’écriture, le calcul, l’histoire et la géographie constitueraient un « socle commun » uniforme sanctionné par le brevet. En fin de collège serait ajouté un enseignement portant sur l’organisation institutionnelle et juridique de la France que tout citoyen en devenir doit maîtriser.
  • L’école doit se recentrer sur l’instruction : les activités extra-scolaires ne seront que limitativement financées par l’Etat – d’autant qu’elles relèvent de politiques locales ou sociales prises en charge par d’autres acteurs (collectivités ou administrations de l’Etat) ; les heures d’études seront rétablies par souci de ne pas favoriser les enfants bénéficiant d’aide parentale lors de leurs devoirs maison.

 

  • Le parcours de l’élève, depuis le lycée jusqu’à son engagement dans la vie professionnelle en bout de chaîne, doit être fluidifié.
  • La suma divisio S/ES/L doit être supprimée pour décloisonner les parcours. Chaque lycéen devra choisir, au-delà de l’approfondissement imposé du socle commun, un nombre fixe d’enseignements « à la carte ». Il opterait ensuite pour un baccalauréat allégé avec majeur et mineur.
  • L’offre d’enseignements « à la carte » serait diversifiée en fonction du choix des établissements qui pourraient mutualiser certains cours afin de s’ouvrir aux savoirs préparant aux métiers de demain (analyse de données, codage informatique, droit…) tout en continuant de dispenser des cours existants (physique, chimie, philosophie).
  • L’année de terminale, ainsi allégée car préparant à moins d’épreuves au baccalauréat, doit être tournée vers l’orientation des élèves. Les partenariats avec les entreprises (pour développer l’apprentissage), les établissements d’enseignement supérieur et les établissements d’enseignement spécifiques (filière artisanale, filière technologique, etc) doivent être valorisés dans des contrats d’objectif et de performance avec l’Etat.
  • Fortes de cette diversification et clarification de l’éventail de filières qui s’ouvrent aux élèves, les universités doivent être revalorisées par la possibilité de sélectionner leurs étudiants. En contrepartie, elles devront (i) mettre en place un système de suivi et de formation approfondie des élèves en L1, (ii) décloisonner leurs programmes de licence sur le modèle américain afin de ne spécialiser les étudiants qu’en phase de masters et (iii) mieux s’ouvrir sur le monde professionnel avec l’introduction de stages obligatoires diversifiés pendant les trois années de licence.

 

  • La droite pourrait aussi réfléchir à la création d’un véritable service public de l’orientation afin de prévenir et corriger le décrochage scolaire et universitaire, sous la responsabilité de l’Etat. L’actuel programme, qui se déploie sur une base territoriale avec les conseils régionaux, ne cible pas suffisamment l’entrée en vie professionnelle et demeure très éclaté entre de nombreux acteurs, peu coordonnés.
  • Un seul service public de l’orientation doit être créé, décloisonnant d’une part les acteurs centraux (ministères de l’Education nationale et de l’emploi), d’autre part les acteurs locaux (services de préfecture, du département, de la région, du rectorat). Il serait décliné sur une base territoriale, sous responsabilité du préfet.
  • L’identification des élèves dans un fichier coordonné et partagé doit être systématisée, fiabilisée et effectivement partagée avec l’ensemble des acteurs locaux (établissements publics d’enseignement secondaire et supérieur, maisons locales, services de formation professionnelle dans les conseils régionaux, services de prestations sociales dans les conseils départementaux, services de préfecture en charge de la jeunesse) sous la responsabilité du SPO afin de repérer, prévenir et corriger tout décrochage.
  • Chaque établissement d’enseignement secondaire ou supérieur ou maison locale doit proposer à l’élève ou l’étudiant en décrochage plusieurs offres de formation ou de réorientation organisées ou coordonnées par le SPO qui doit répertorier l’ensemble des programmes de formation et diplômes offerts sur le territoire.

[1] Classement Programme international pour le suivi des acquis réalisé en 2015 (OCDE), 6 décembre 2016. Avec un score de 495 points, la France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE (493 points), bien en deçà de Singapour, du Japon et du Canada.

[2] Les déshérités, François-Xavier Bellamy,  Plon (2014) ; La fabrique du crétin, la mort programmée de l’école, Jean-Paul Brighelli, Folio Gallimard (2006).

[3] Réforme Jospin de 1989.

[4] Depuis l’emploi jusqu’au rayonnement culturel

[5] L’autonomie du recrutement des professeurs n’est pas souhaitée au sein des établissements publics en raison de la nécessité de pourvoir aux postes perçus comme plus « difficiles » (en ZEP par exemple) et du bien-fondé de la nécessité de mobilité des carrières.

[6] On pense évidemment à l’exemple des écoles de la Fondation Espérance Banlieue.

[7] www.fondationpourlecole.org/images/stories/pdf/2010/sondage_ifop.pdf

 

PFS et VP

Contributeurs du LAB LR 

Contact@lelablr.fr

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