Education – Vers une école de la transmission

 

 

Education – Vers une école de la transmission

 

 

            En constante augmentation depuis 40 ans[1], la dépense intérieure d’éducation s’établit aujourd’hui à 147,8 mds d’euros, soit 6,8% du PIB. L’éducation représente ainsi 23,5% du budget de l’Etat, avec un budget de 92,49 milliards d’euros, dont 68,64 milliards pour l’éducation nationale et 23,85 pour l’enseignement supérieur et la recherche.

            Pourtant, alors même que la durée moyenne des études augmente et qu’un pourcentage croissant d’une classe d’âge accède à l’enseignement supérieur, le système éducatif français semble échouer à remplir ses deux objectifs fondamentaux, contribuer à l’éducation des jeunes pour en faire des citoyens français responsables et intégrés, et les préparer à entrer sur le marché du travail en leur fournissant les connaissances et savoir-faire nécessaires. Pire, par la rigidité de son organisation et son renoncement à transmettre, il contribue à la ghettoïsation de territoires et de populations entières, incapable de leur fournir un chemin d’intégration viable par le mérite, la culture et le travail.

            Face à ce constat, la droite doit défendre une éducation de la transmission, qui assume l’héritage de la civilisation occidentale et offre une voie d’assimilation aux populations d’origine extra-européenne, et une éducation de la liberté, qui rejette la bureaucratie et favorise le choix responsable des parents et des étudiants. Elle pourra en cela s’appuyer sur une gauche traditionnelle soucieuse de défendre une école républicaine, méritocratique et facteur d’ascension sociale.

 

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Le dévoiement de l’Ecole

 

La fonction traditionnelle de l’Ecole telle que conçue depuis la Troisième République est double : d’une part, contribuer, par la transmission de la culture, à faire des enfants des hommes et des femmes libres et responsables, des êtres moraux conscients de leur dignité et de leur vocation, membre d’une communauté historique qui les dépasse, d’autre part, former de jeunes adultes pour qu’ils puissent exercer, demain, une activité qui les fasse vivre et contribue au bien commun. L’Ecole est née de la conviction que l’être humain doit être éduqué, instruit, pour devenir pleinement lui-même et que l’expérience et la sagesse des siècles passés peuvent éclairer et guider son chemin.

 

L’essor du relativisme a néanmoins conduit à inverser radicalement la vocation de l’éducateur. Là où il y avait un bien à transmettre, il y a désormais un être à libérer de ses déterminismes. Placé au centre du système éducatif, l’élève n’est plus un être en devenir auquel l’enseignant communique un savoir pour faire de lui l’héritier des siècles, il doit advenir par lui-même, libéré du passé, pure liberté dont le déploiement sans entrave devient l’objectif premier du système éducatif. Parce qu’il oppresse, l’héritage est proscrit, et chacun doit voir son identité intrinsèque respectée, célébrée, protégée, sans même que l’on puisse imposer au nouveau venu les us et coutumes du pays qui l’accueille.

 

L’Ecole n’est plus un lieu d’autorité et de savoir, elle est ouverte aux quatre vents, connectée à cette société dont elle essaie d’être le reflet le plus exact, et ne donne plus aux élèves la possibilité de se confronter à ces grands textes surgis du passé pour converser avec nous des questions éternelles. Elle n’est plus la voie d’une intégration réussie ni d’une ascension sociale bâtie sur le seul mérite des individus, elle s’est muée en une industrie égalitaire incapable de préparer convenablement les jeunes qu’elle accueille à la vie active.

 

De l’Ecole au système éducatif

 

Avec 12 399 000 élèves et 2 597 000 étudiants, l’Ecole est devenue un système. Alors qu’elle avait jadis une double fonction d’éducation des masses et de sélection progressive par le mérite, n’amenant qu’une part modeste d’une tranche d’âge vers des études supérieures, elle a aujourd’hui pour principal objectif d’assurer l’allongement de la durée des études, hâtivement conçu comme équivalent à l’augmentation des savoirs et des capacités, alors même que la rentabilité de l’investissement, pour la société et pour les étudiants, n’est pas toujours démontrée.

Pour être pertinent, le choix de poursuivre ou non des études supérieures doit en effet se faire en considération des alternatives possibles, ainsi une entrée plus précoce sur le marché du travail, et prendre en compte l’ensemble des paramètres en jeu, notamment le coût de la formation. Or, la socialisation du coûts des études supérieures combinée à la fermeture du marché du travail pour les jeunes en raison d’un salaire minimum trop élevé et inadapté à leur situation, conduit à un malinvestissement généralisé. Si la solidarité nationale justifie en effet de socialiser les coûts de l’éducation primaire et secondaire, qui vise à former des hommes et des femmes libres et responsables, elle ne justifie par la prise en charge par la collectivité de l’investissement que constitue l’éducation supérieure, dont les bénéficiaires touchent seuls les dividendes, alors même que le paiement des études par les étudiants et leur famille contribuerait à favoriser un choix plus informé et une implication plus grande des étudiants, limitant ainsi les erreurs d’orientation et les comportements dilettantes.

 

Corrélativement, avec 1 275 562 ETP dont 1 017 183 ETP pour l’éducation nationale et 258 379 pour l’enseignement supérieur et la recherche, soit 54% de la fonction publique d’Etat, le système éducatif français est devenu un monstre bureaucratique au pilotage défaillant en raison de l’énormité même de l’administration en jeu. La centralisation du système emporte trois conséquences principales :

 

  • une mauvaise gestion des ressources, humaines et matérielles ;

 

  • la stérilisation des initiatives locales, étouffées par des directives centrales qui empêchent toute innovation et la recherche, par les acteurs locaux, de méthodes et de modes d’organisation plus performants ;

 

  • l’irresponsabilité généralisée des acteurs, qui disposent d’un marché captif et sans concurrence[2].

 

L’extrême centralisation du système éducatif français a ainsi permis à quelques idéologues d’en déterminer les méthodes et les enseignements sans qu’une offre alternative ne puisse réguler, de l’extérieur, ces dérives. L’essor du pédagogisme et de ses avatars, la remise en cause de toute autorité, le rejet de l’idée même de transmission n’a pu être contrebalancée par l’émergence d’une offre concurrente, l’offre privée  sous contrat étant elle-même fortement régulée.

 

 

Recontruire l’Ecole : transmission, mérite et liberté

 

Contre le pédagogisme, l’autorité et la nécessité de la transmission

 

            A court-terme :

 

=> refaire de l’Ecole un sanctuaire préservé des tensions sociales voire religieuses et ethniques : mieux assurer la sécurité des locaux, des élèves et des professeurs, permettre des mesures disciplinaires rapides et efficaces pour rétablir l’ordre et l’autorité des enseignants, généraliser les structures fermées pour le redressement des jeunes délinquants, réaffirmer la neutralité de l’école en assurant notamment l’effectivité de l’interdiction du voile ;

 

=> réviser les programmes et méthodes pédagogiques pour revenir à des méthodes traditionnelles et revoir la formation des enseignants en ce sens ;

 

=> réaffirmer un tronc commun programmatique centré sur la notion de transmission :

 

-recentrer les programmes sur l’apprentissage des bases : lire, écrire, compter ;

-apprendre à nouveau l’histoire française et occidentale traditionnelle ;

-généraliser l’apprentissage du grec et du latin[3] ;

-rétablir l’étude des lettres.

 

=> revaloriser le métier d’enseignant afin d’attirer les talents, via une augmentation substantielle de leur traitement combinée à l’augmentation du nombre d’heures de cours ;

 

            A moyen-terme :

 

=> affirmer la liberté des directeurs d’établissement et des enseignants dans la détermination de leurs méthodes d’apprentissage, en ne fixant au niveau national qu’un nombre limité de règles destinées à prévenir tout risque de dérive sectaire ou de radicalisation.

 

Contre la logique de massification, la nécessité d’une éducation basée sur le mérite et adaptée à chacun

 

            A court terme :

 

=> renoncer à une logique de résultat quantitatif (pourcentage de bacheliers par exemple) ;

 

=> revaloriser le baccalauréat, en revoyant à la hausse le niveau attendu et la sélectivité de l’examen ;

 

=> autoriser la sélection au mérite à l’université, à l’entrée et pour chaque étape du cursus LMD ;

 

=> mettre fin au collège unique et revaloriser les parcours non académiques.

 

            A moyen-terme :

 

=> distinguer clairement l’éducation primaire et secondaire, qui doit procéder d’un financement public uniforme pour tous, de l’éducation supérieure, qui doit être considérée comme un investissement personnel des étudiants concernés. Afin de ne pas défavoriser les élèves de milieux modestes, des mesures d’accompagnement pourraient être prises via notamment le cautionnement des emprunts étudiants par l’Etat ou un mécanisme de soutien fiscal au mécenat éducatif (financement de bourses au mérite par exemple) ;

 

 

=> rétablir les conditions d’un investissement éducatif pertinent, en libérant le marché du travail pour les jeunes âgés de 16 ans et plus, via la modulation du niveau du salaire minimum en fonction de l’âge et de la qualification ;

 

=> limiter le déterminisme induit par les diplômes initiaux en favorisant la formation tout au long de la vie et la validation des acquis de l’expérience.

 

 

Contre la bureaucratie et le centralisme, la liberté des parents, des élèves et des établissements

 

            A court-terme :

 

=> réaffirmer la place de la famille dans l’éducation des enfants, d’une part en recentrant l’école sur sa mission fondamentale, l’instruction, en laissant à la famille le soin d’éduquer les enfants, d’autre part en leur donnant la liberté et les moyens de déterminer les modalités d’éducation de leur enfants ;

 

=> abolir la carte scolaire pour, d’une part, donner aux parents la possibilité d’inscrire leurs enfants dans l’école de leur choix, d’autre part, donner aux directeurs d’établissement la possibilité de sélectionner les élèves sur des critères objectifs ;

 

=> assurer une meilleure autonomie des établissements scolaires, en termes de recrutement, d’organisation et de méthode pédagogique, en instituant une logique de contrat avec l’Etat assorti d’objectifs ;

 

=> renforcer l’autonomie des universités et des établissements d’enseignement supérieur, et diversifier leur source de financement (droits d’entrée, mécénat) ;

 

=> déréguler le privé sous contrat.

 

            A moyen-terme :

 

=> mettre en place un système de chèque-éducation, qui permettrait aux parents de choisir l’établissement, public ou privé, de leur choix, et d’assurer une réallocation des moyens humains et budgétaires en conséquence ;

 

=> faire évoluer les établissements scolaires (ou des groupes d’établissements) vers un statut de type établissement public, en leur laissant l’entière disposition de leurs moyens, ce qui induit de remettre en cause le rôle des collectivités territoriales dans l’organisation matérielle de l’enseignement.

 

 

[1] Selon la Banque Mondiale, la dépense d’éducation en France a augmenté de 72% entre 1973 et 2013, en pourcentage du PIB.

[2] Le privé sous contrat, fortement régulé et limité dans son expansion, soumis aux programmes nationaux et employant des enseignants fonctionnaires, ne peut être considéré comme une véritable alternative.

[3] Un geste fort pourrait être de rendre obligatoire l’apprentissage du latin en 6e.

 

AL, Secrétaire général adjoint du LAB LR

Al@lelablr.fr 

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